Pénibilité en agriculture : astreinte physique pour l’arboriste grimpeur

Le métier d'arboriste grimpeur, également appelé élagueur, implique des sollicitations physiques importantes. Une étude menée en collaboration avec la MSA Île-de-France et le cabinet Ergos-Concept a permis d'objectiver cette pénibilité grâce à des mesures de cardiofréquencemétrie réalisées en situation réelle de travail. Les résultats mettent en évidence une astreinte cardiaque particulièrement élevée et soulignent l'intérêt de repenser l'organisation du travail pour préserver la santé des professionnels.

Un métier particulièrement exigeant physiquement

L'élagage des arbres est une activité qui cumule plusieurs facteurs de risques professionnels : travail en hauteur, manutentions, maintien de positions contraignantes, utilisation d'outils, exposition aux intempéries et au bruit.

Au-delà de ces contraintes, les arboristes grimpeurs sont soumis à des efforts physiques intenses et prolongés, susceptibles d'avoir des conséquences sur leur santé et leur capacité à poursuivre leur activité professionnelle.

Au moment de l'étude, la filière comptait environ 7 800 arboristes grimpeurs en France. Le poster scientifique rapportait qu'environ 85 % d'entre eux étaient confrontés à une problématique de reconversion professionnelle après 45 ans.

Face à ce constat, le Service de Santé Sécurité au Travail de la MSA Île-de-France a souhaité mesurer objectivement la pénibilité physique de ce métier, afin de mieux identifier les leviers de prévention.

Mesurer l'astreinte physique en situation réelle de travail

À la suite d'une enquête préliminaire menée en 2009, deux études ont été réalisées en février 2010 et juin 2011, en collaboration avec le cabinet Ergos-Concept et l'entreprise Arbre en Ciel.

L'objectif était d'évaluer l'astreinte cardiaque des élagueurs au cours de leurs activités habituelles, notamment lors de travaux sur de grands arbres de plus de 15 mètres.

Pour cela, les professionnels ont été équipés d'une ceinture thoracique de cardiofréquencemétrie POLAR TEAM®, permettant d'enregistrer leur fréquence cardiaque pendant huit heures de travail.

Plusieurs indicateurs ont été analysés, dont :

  • La fréquence cardiaque moyenne et la fréquence cardiaque de crête.

  • Le coût cardiaque relatif (CCR), permettant d'apprécier l'intensité de l'effort.

  • La proportion du temps de travail pendant laquelle la fréquence cardiaque dépasse la fréquence cardiaque de repos de plus de 70 battements par minute.

Les résultats ont ensuite été comparés à des grilles de référence permettant d'évaluer la pénibilité physique des activités professionnelles.

Les études ont également cherché à apprécier l'influence de l'expérience des opérateurs, de la mécanisation et de l'organisation des pauses sur les sollicitations cardiaques.

Des résultats révélant une astreinte cardiaque excessive

Les mesures réalisées en 2010 ont mis en évidence des niveaux d'astreinte cardiaque particulièrement élevés.

Les valeurs enregistrées se situaient systématiquement au-dessus des seuils d'alerte retenus dans l'étude, et atteignaient les niveaux maximaux des grilles de pénibilité utilisées.

Le travail d'élagage sur corde a ainsi été classé comme une activité physique « excessive », avec des valeurs de coût cardiaque relatif particulièrement importantes.

Autre constat : l'expérience professionnelle ne semblait pas constituer un facteur protecteur suffisant. Les résultats des élagueurs expérimentés ne montraient pas de réduction significative de l'astreinte cardiaque par rapport aux opérateurs moins expérimentés.

Ces observations soulignent que la maîtrise technique du métier ne suffit pas nécessairement à compenser l'intensité des efforts physiques imposés par l'activité.

Mécanisation et organisation du travail : quels effets sur la pénibilité ?

La seconde étude, réalisée en juin 2011, s'est intéressée à plusieurs pistes permettant de réduire les sollicitations physiques des arboristes grimpeurs.

Le recours à une nacelle élévatrice

Les mesures effectuées lors de travaux d'élagage en nacelle ont montré une diminution de l'astreinte cardiaque par rapport au travail sur corde.

Cette mécanisation permettait de ramener l'activité dans une catégorie de pénibilité considérée comme « acceptable » selon les grilles utilisées.

L'utilisation d'une nacelle apparaît donc comme une solution intéressante pour limiter les efforts physiques associés aux déplacements et au maintien en position dans les arbres, lorsque les conditions d'intervention le permettent.

L'organisation de pauses régulières

L'étude a également mis en évidence l'intérêt des pauses dans la gestion de l'effort physique.

L'organisation de pauses régulières d'au moins cinq minutes toutes les demi-heures permettait de réduire les sollicitations cardiaques mesurées.

Ces résultats montrent que la prévention de la pénibilité ne repose pas uniquement sur les équipements utilisés, mais également sur l'organisation du travail.

Adapter les temps d'activité et de récupération constitue ainsi un levier important pour limiter l'exposition prolongée à des efforts physiques intenses.

Quelles perspectives pour la prévention des risques professionnels ?

Les résultats de ces études soulignent la nécessité d'une approche globale de la prévention dans le secteur de l'élagage.

Plusieurs axes peuvent être retenus :

  • L'organisation du travail : intégrer des temps de récupération adaptés et mieux répartir les efforts physiques au cours de la journée.

  • La mécanisation : privilégier, lorsque cela est possible, les équipements permettant de limiter les sollicitations physiques, notamment les nacelles élévatrices.

  • La surveillance de la santé : renforcer le suivi des professionnels exposés à des niveaux élevés d'astreinte physique.

  • L'hygiène de vie : sensibiliser les opérateurs aux facteurs individuels pouvant influencer leur capacité à supporter les efforts professionnels.

Ces mesures doivent s'inscrire dans une démarche de prévention tenant compte des situations réelles de travail, des contraintes techniques et des possibilités d'action des entreprises.

L'ergonomie pour objectiver les contraintes du travail

Cette étude illustre l'intérêt des mesures physiologiques dans l'analyse ergonomique des situations de travail.

La cardiofréquencemétrie permet de quantifier les sollicitations cardiaques associées à une activité professionnelle et de comparer différentes modalités de réalisation du travail.

Associée à l'observation de l'activité réelle, elle contribue à identifier les situations les plus exigeantes et à évaluer les effets de certaines mesures de prévention.

L'objectif n'est pas seulement de mesurer la pénibilité, mais de disposer d'éléments concrets pour agir sur les conditions de travail.

En participant à cette étude aux côtés de la MSA Île-de-France, Ergos-Concept a contribué à une démarche visant à mieux comprendre les contraintes physiques du métier d'arboriste grimpeur et à identifier des pistes d'amélioration.

Les résultats rappellent l'importance d'une prévention construite à partir de l'analyse du travail réel, en associant mesures objectives, connaissances de l'activité et réflexion sur l'organisation du travail.

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